Cette après-midi là d'épais nuages, toit de ce qu'il reste de notre monde, s'étalaient au-dessus de Tokyo, comme tous les après-midi. Le Protecteur, soleil factice au dessus de la ville, veillait inlassablement sur nous, survivants de la plus grande tragédie humaine. Depuis l'année 2105, la capitale japonaise était à la tête de ce fragment du monde qui nous reste, mais ce n'étaient plus les hommes qui dirigeaient et réglaient leur propre existence, c'étaient eux, là-haut dans leur imposant bâtiment, siège du pouvoir et symbole d'espoir. Cela faisait deux siècles que nous vivions sous leur surveillance, par leurs aides et leur bienveillance. Notre monde parraisait renaître grâce a ces êtres venus de l'autre bout de la galaxie. Ils étaient nos Gardiens, nous étions leurs jouets.
Cette après-midi même un vieil homme traînait ses pas sous ce faux soleil bleûté, se frayant un chemin à travers cette population qui ne le voyait pas, qui ne s'apercevait pas de sa misère et de son épuisement. Ce pantin du Ciel n'était plus qu'un amas de chair vide de tout espoir, plongeant peu à peu dans les ténèbres du métro. Il est désormais arrivé sur le quai, lieu lugubre éclairé par une faible lumière, dans ce sous-terrain où règne l'obscurité et une chaleur humide. Les gens se croisaient sans se parler, se frôlaient en s'ignorant. Depuis la fin de la Dernière Guerre, les hommes étaient retombés dans un quotidien semblable à celui des siècles passés, mais chacun avait en mémoire ce que l'humanité avait vécu. Heureusement étaient-ils arrivés, envoyés du ciel, libérateurs de la Mort et protecteurs des années à venir, eux qui trônaient dans notre ciel, nous observant et organisant notre vie. Mais la misère qui nous avait touché était bien trop grande.
Lui attendait l'arrivée du prochain métro; il connaissait exactement sa destination maintenant. Il avait longtemps était perdu. Pas une seconde l'idée que quelqu'un l'observait n'aurait pu lui venir à l'esprit. Le vieil homme fixait de son regard vide droit devant lui, imperturbable et immobile. Le métro arrivait enfin, il l'entendait qui s'approchait rapidement dans un grondement sourd. Il n'entendait plus que ce grondement, tout autour de lui n'avait plus d'importance, parce que le métro approchait. Le visage de sa fille, magnifique fille, se dessina dans son esprit alors qu'il se laissait tomber sur les rails. Il entendait le grondement qui se faisait de plus en plus fort et étourdissant, un cri puis plus rien.